Au théâtre, il y a parfois de ces moments de grâce, rares, uniques et inoubliables. C’est la cas avec la pièce de Ionesco, Le Roi se meurt, actuellement jouée au Théâtre des Nouveautés à Paris.
Mise en scène par Georges Werler, la pièce est surtout magistralement interprétée par Monsieur, mon seigneur devrais-je dire, Michel Bouquet. Au côté d’une Juliette Carré épatante, son épouse à la ville comme à la scène, Bouquet touche au sommet d’un art qui l’anime depuis toujours. C’est avec une élégante pudeur qu’il nous livre un roi touchant qui refuse de se voir dépérir, de voir son pouvoir disparaître et son royaume sombrer.
L’atmosphère de fin de règne, ou de fin du monde, est lourde et pesante, animée par les remords, les angoisses et les espoirs qui traversent chaque personnage. Le médecin-bourreau est caustique et acide, le garde et la femme de chambre – infirmière se montrent plein de tendresse pour ce vieux roi qui reste, malgré ses cruautés, un grand roi sur le déclin. La première femme, reine éternelle, étincelante de lucidité comme d’autorité, apparaît comme la seule capable de mener le roi sur le juste chemin. Quant à la jeune seconde femme du roi, qui se veut pure et honnête, se révèle peu à peu égoïste et intéressée ; elle aime le roi car c’est lui qui la fait exister.
Une mise en scène sobre, nimbée de rouge et de noir, suffit à servir le texte fort d’un Ionesco qui n’aurait pu rêver d’un roi et d’une reine aussi justes. Les mots, toujours durs, de la reine sont lâcher avec une sincérité et une force à couper le souffle. Les spectateurs n’en perdent pas une miette, ils sont aux aguets et attendent tous l’inévitable et tragique dénouement avec anxiété. Fébrile, l’audience retient sa respiration, elle frémit, elle s’émeut mais ne s’impatiente pas. Car les longues minutes qui séparent le roi de son trépas sont pleine d’une volupté quasi-mystique, au service de laquelle les comédiens se brisent et se relèvent avec grâce.
Ionesco n’est pas un auteur facile, mais quand on lui rend hommage de la sorte, le public ne peut qu’adhérer et sortir du théâtre bouleversé.
Jusqu’au 31 décembre – Réservations.





