John Malkovitch est d’avantage connu, par le grand public, pour sa carrière au cinéma que pour son travail sur les planches. Pourtant, Malkovitch vient du théâtre et si cet aspect de sa carrière est moins connu, il n’en est pas moins de qualité.
Francophile exigeant, Malkovitch retrouve les vilains pervers de Laclos qu’il avait côtoyés en 1988 dans le film de Stephen Frears. Il y incarnait le meilleur Valmont dont on puisse rêver au côté d’une Glenn Glose au sommet de son art.
Aujourd’hui, c’est au théâtre de l’Atelier que Malkovitch propose sa propre mise en scène des Liaisons dangereuses d’après une adaptation de Christopher Hampton.
Portée par une équipe de jeunes acteurs épatant, la pièce, quelque peu volage, adopte un rythme très efficace et quasi cinématographique, notamment grâce à un découpage strict des scènes comme on le ferait avec des plans.
Toutefois, nous sommes bien au théâtre, j’en prends pour preuve la présence constante de tous les acteurs sur scène qui, quand ils ne jouent pas, s’assoient et regardent ce qu’il se trame. Ceux qui jouent peuvent ainsi se permettre d’interagir avec ces personnages absents de la scène mais présent sur scène.
Tous l’espace scénique est occupé, y compris une partie des coulisses, non pas pour être barbouillé d’une panoplie d’éléments inutiles, mais pour donner aux acteurs l’espace nécessaire à leur tergiversations langoureuses. Quelques colonnes, une table, un lit et les chaises occupées par la troupe.
Quant aux lettres, aaaah ! Malkovitch oublie les parchemins et y substitue téléphone portables et tablettes tactiles ! Et ma foi, cela passe extrêmement bien. De même, les costumes sont des mélanges entre des vêtements contemporains (Valmont porte un jean, Merteuil un pantalon noirs) et des éléments de costumes du 17° siècle (un faux-cul par-dessus le pantalon de Merteuil, une redingote que Valmont se plait à mettre et à rejeter). L’illusion est parfaite, l’assemblage est fluide et éloquent : depuis l’époque de Laclos, rien a changé dans nos conspirations amoureuses, juste le support de nos écrit. Les lettres d’autrefois sont devenues des emails mais les propos tenus n’ont pas évolué.
Les acteurs eux, s’en donnent à cœur joie et assurent à la pièce sont rythme et sa qualité. Jeunes certes, mais plein d’un talent qui crève les yeux et le cœur. Tous sont beaux, sensuels et d’une présence bluffante! Le jeune Yannick Landrein interprète un Valmont merveilleusement grinçant, séducteur satyrique et virevoltant avec une grâce incroyable. Il tient vraiment la pièce à laquelle il donne une impulsion lumineuse.
Julie Moulier présente une Merteuil délicieusement machiavélique alors que Jina Djemba incarne une fabuleuse Mme De Tournelle, avec un jeu profond et sincère qui en charmera plus d’un. Rosa Bursztejn prend un malin plaisir à interpréter une Cécile naïve et frivole, drôle et mutine à souhait tandis que Danceny est séduit par sa gêne encombrante.
Bref, je ne les cite pas tous mais la troupe entière est merveilleuse et d’un naturel, d’une aisance épatante. Ils m’ont séduite et vu les applaudissements chaleureux qu’ils ont reçu, je pense de pas être la seule dans ce cas !
L’ensemble est malin, extrêmement bien ficelé, on ne s’ennuie pas un instant et on passe un moment absolument divin. Les quelques monologues qui pourraient être long sont agrémentés de facéties aussi coquines qu’intrépides, enrobées d’une malice dont je suis très friande.
C’est une pièce à ne pas manquer, à voir et à savourer. En tout cas moi, je vais y retourner !
Chapeau Sir Malkovitch !!








Je voulais voir cette adaptation lors de mon dernier séjour mais (à plusieurs) nous avons choisi Quadrille de Sacha Guitry (j’hésitais aussi avec Le Bourgeois Gentilhomme avec François Morel, l’Unique !). Bref, beaucoup de pièces géniales en ce moment à Paris !! bravo pour ton article aussi.
C’est vrai qu’il est difficile de faire son choix parmi la vaste offre parisienne! Les Liaisons… se joue encore un petit moment, peut être auras-tu l’occasion de revenir et de découvrir cette pièce.
Merci.